Edendahotour, Auditorium de Lyon

Après le magistralement rock Paris Ailleurs sorti en 1991, Etienne Daho nous offrit en 1995 une récréation musicale nommée Réserection qui allait puiser son inspiration dans les nuits électroniques de Londres. Mais nous n’étions tout de même absolument pas préparés à ce grand virage musical qu’était Eden, sorti un an plus tard. Véritable kaléidoscope sonore qui englobe la pop française, la soul, la Jungle, la Techno et la bossanova, Eden se veut le reflet d’une personne qui se réinvente, autant musicalement qu’humainement. Album trop dans l’air du temps ou trop en avance sur son temps, cet album futuriste et sensuel fut boudé aussi bien par le public que par la critique.

Ecouter Eden en 2019, c’est être absolument soufflé par l’inventivité et la grandeur de cet album miraculeux qui fait le grand écart entre des cordes élégiaques et des beats charnels et affolants. Les douze titres qui composent cet album, d‘Au commencement à Des adieux très heureux, créent au final un véritable dépaysement sonore, à la fois résolument moderne et farouchement intemporel. L’écriture d’Etienne Daho nous évoque un homme qui se sert de la sensualité pour s’élever spirituellement.

L’annonce en 2019 d’une tournée Edendahotour consacrée exclusivement à cette période musicale (playlist qui reprend l’intégralité d’Eden et Réserection, assortie de quelques inédits et du single Le premier jour du reste de ta vie) venait ainsi réparer l’indifférence générale qui avait certainement du faire souffrir l’artiste qui a toujours défendu Eden comme étant l’un de ses albums préférés.

Le 23 Novembre, l’Auditorium de Lyon accueillait donc Etienne Daho et son équipe, tout en promettant une immense soirée car l’orchestre national de Lyon serait présent sur scène pour donner le plus bel écrin aux compositions modernisées d’Eden. Tous les avis sur les précédentes dates de cette tournée étant plus qu’enthousiastes, on s’assoit religieusement dans de confortables fauteuils dans une salle impressionnante et mal climatisée en attendant cette communion entre classique et électronique.

Les premières notes d’Au commencement résonnent dans l’air, on sent que nous allons partir dans un fabuleux voyage, la musique démarre…Et les spectateurs se figent, glacés. Le son est absolument épouvantable! Tout est noyé dans un magma informe saturé de basses, pire, la voix d’Etienne Daho est incompréhensible, on espère que les ingénieurs du son vont faire quelque chose, ce n’est pas possible, c’est indigne d’une salle aussi prestigieuse que l’Auditorium, et pourtant, tout le concert conservera ce son lamentable, qu’on croirait issu d’une kermesse de village.

C’est terrible de voir Etienne Daho souffrir autant de ce cauchemar sonore. L’artiste, qui n’a pas l’air au mieux de sa forme (transpiration, quinte de toux), cherche constamment à placer sa voix avec ce satané micro: trop loin, elle se perd dans cette bouillabaisse musicale, trop près, elle se perd dans ces satanés graves qui feront même fuir des spectateurs atterrés par ce ratage monumental. C’est d’autant plus dommage qu’on constate que la relecture musicale proposée par cet Edendahotour est fantastique; Me manquer revêt un habillage électronique qui lui sied à ravir, Jungle pulse et He’s on the phone sont boostés d’une énergie Disco propre à réveiller les morts, Le premier jour du reste de ta vie confirme son statut de chef-d’œuvre de la chanson française… Mais rien n’y fait, le son est tellement mauvais qu’on reste consterné à l’écoute du morceau phare Eden ou du Baiser français.

Pour ne rien arranger, le fait de devoir rester assis participe à un grand sentiment de frustration qui parvient miraculeusement à échapper aux spectateurs placés aux premiers rangs, car ceux-ci pourront se lever pour courir rejoindre le devant de la scène et danser malgré tout. Hélas, cette soirée fut définitivement un cauchemar car même là, un service de sécurité intervint pour repousser les spectateurs agglutinés trop près de la scène ! Sonnés, on quitte nos fauteuils (ou plutôt on nous demande gentiment de partir), et on écoute les commentaires des spectateurs qui ne comprennent pas comment un moment tant attendu, s’est transformé en un gigantesque capharnaüm. On se demande alors dans quelles circonstances les répétitions ont-elles eu lieu pour ne pas éviter ce résultat catastrophique. Dommage pour les spectateurs de Lyon, Edendahotour restera une amère chimère…

3 commentaires

  1. Bonjour, merci de votre article qui est conforme en tous points à ce que j’ai ressenti… J’étais personnellement sur le côté droit de la scène au premier balcon. Je confirme l’intégralité de vos commentaires sur la qualité du son. Un vrai massacre auditif… Je ne sais pas ce que va donner la captation pour Canal + ! J’ai fait part de mon avis à la direction de l’Auditiorium et je me suis vue proposer un billet pour un concert à venir.

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